mercredi 21 mars 2012

霊界よりあなたへのメッセージ Notes sur quelques films



Cure 
Mamiya, l’hypnotiseur amnésique de Cure est surtout diabolique par son mélange de mollesse et d’opiniâtreté. On connait très bien ce genre d’individu qui pose une foule de questions sans jamais écouter les réponses. Mamiya assoit son pouvoir sur les bases du caractère japonais : la politesse, la serviabilité et la gentillesse. Personne ne renvoie le jeune égaré, tous tentent de lui venir en aide en prenant sur son propre temps, sa propre vie. Et finalement, dans la néantisation qu’il impose à son interlocuteur, Mamiya peut s’insinuer dans son esprit et y planter le germe du meurtre. Cette politesse, qui est à la base du «vivre ensemble» japonais trouve son négatif dans le «désir de la mort des proches», pour reprendre le concept primordial travaillé par Jean-François Rauger et Diane Arnaud au cours de leurs interventions (on ne pourra plus désormais en faire l’économie lorsqu’on abordera l’œuvre de Kurosawa). Je pensais alors à Meet me in St-Louis (1944) de Minnelli. Le plaisir de la petite communauté, de la famille et des relations de voisinage, trouve son négatif dans la crise de nerfs de la petite Tootie représentant sa famille sous la forme de bonshommes de neige et les détruisant avec fureur.

Rétribution 
De quoi les passagers du Ferry sont-ils coupables ? D’être passés devant un sanatorium en ruine où était torturée une jeune femme (le spectre qui désormais les hante) ? Mais en fait, aucun des passagers ne pouvaient réellement voir ni savoir ce qui se passait dans le bâtiment noir. «La cause s’est perdu et il ne reste que les effets», disait Diane Arnaud pendant sa conférence. C’est ce qui se passe ici, il me semble. La cause de la hantise est donc doublement lointaine : dans le temps (on ne sait pas réellement quand la jeune femme est morte) et dans l’espace (l’éloignement du sanatorium empêche les personnages d’être réellement témoins). Le double du bâtiment est la chambre de l’inspecteur, dont la porte est ouverte mais où il ne pénètre jamais pour ne pas être confronté au cadavre de sa fiancée. Pour l’inspecteur, c’est une femme qui a été torturée et abandonnée dans le sanatorium, mais qu’en est-il des autres passagers du Ferry, cette communauté négative dont on ne voit que des silhouettes noires ? Quelle est leur hantise ? De quels crimes peuplent-ils l’immeuble en ruine ? 

Doppelganger 
Situation inédite d’un spectre - mais un «fantôme de vivant», donc concret, matériel - assassinant un autre spectre, celui du frère de la jeune femme. 

Un monde désert 
Devant les films de Kiyoshi Kurosawa, on voit un pays désertifié, même lorsque (comme dans Cure et Doppelganger) l’Apocalypse n’a pas (encore) eu lieu. On retrouve cette dimension dans ces téléfilms, même dans une version nippone de Premiers baisers (15 ans, l’âge des passions). Cela m’a rappelé les feuilletons japonais de mon enfance, les X-or et Spectreman se déroulant dans un univers de carrières et de friches industrielles très éloignées du Tokyo surpeuplé que l’on imagine. Posant la question à Noboru Iguchi cet hiver à Tokyo, à propos de son remake de la série Karate-Robo Zaborgar, il me donna la plus simple des explications. Ces séries, par manque d’argent, étaient le plus souvent tournées à proximité des studios. Ceux-ci vus les prix élevés des bâtiments à Tokyo étaient situées en banlieue dans des endroits paisibles et pas trop peuplés. De ces contraintes économiques (ce qui est une des règles fondamentales de la série B) est née cette étrange atmosphère de fin du monde, où l’humanité est presque introuvable.


Rétrospective Kiyoshi Kurosawa à la Cinémathèque française.
Du 14 mars au 19 avril 2012
Le programme ici

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