dimanche 4 septembre 2011

Fantôme à Fukushima


Pour nous, en occident, l’Au-delà serait situé dans un territoire éloigné.  Les fantômes auraient le pouvoir de franchir en sens inverse la frontière, la "membrane" dont parle Jankélévitch. Au Japon, il semblerait que l’au-delà prenne place à l’intérieur de notre réalité et que les deux mondes coexistent sans l’un soit la négation de l’autre. Malgré tout, un équilibre doit être maintenu. On honore les morts pour qu’ils restent à leur place et ne viennent pas troubler le monde des vivants. C’est pourquoi le mort ne doit rien laisser derrière lui et surtout pas sa colère ou un sentiment d’injustice qui le retiendrai dans notre monde.
L’oubli et l’injustice produisent des fantômes. Depuis des mois, au Japon comme en Occident, règne la loi du silence sur Fukushima.
Là-bas, la mort travaille.
On se souvient de cette vidéo d’une voiture traversant des villages déserts, où seul un signal sonore attestait de la présence des radiations. La voiture croisait des chiens errants, des troupeaux abandonnés. Ces animaux condamnés, ignorant des cancers qu’ils couvent, pourraient être les personnages d’une fable sur les hommes et les femmes du Japon, et sur nous en occident nous croyant protégés. En tout cas, la métaphore de notre aveuglement. 
Une nouvelle vidéo, celle d’un homme en combinaison blanche dans les ruines de la centrale, pointant son doigt, vers une caméra de surveillance commence à circuler. 



Cet homme, dont les actes ne répondent à aucun protocole, suscite plusieurs interrogations.
Lire l'article du Post : ici.
On commence à l’appeler le fantôme de Fukushima, autant pour son «suaire» que pour son geste accusateur. Il nous rappelle évidemment l’homme à la tête recouverte d’un tissu blanc dans la vidéo maudite de Ring, qui se tenait lui-aussi doigt, le doit pointé, alors que les damnés rampaient sur un paysage de roches arides, baignés de particules vidéo radioactives.


 Bien sûr, il nous rappelle aussi, les personnages de Kiyoshi Kurosawa. Dans Kairo, avec ces fameux adhésifs rouges marquants les portes des zones interdites, les vivants tentaient de colmater les fissures entre notre monde et celui des fantômes. Mais la mort se diffusait dans notre monde et le rendait invivable aux vivants.
Pour nous, qui réfléchissions sur la J-Horror l’interrogation était : quelle forme allait prendre le fantôme après Fukushima ? Cette vidéo nous donne une réponse, et de façon glaçante, précède la fiction.







Inside report from Fukushima nuclear reactor evacuation zone

Un autre billet sur le fantôme de Fukushima
http://blogofterror.blogspot.com/2011/09/fukushima-unredacted.html

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